Description du projet

Inondés, noyés, par le flot d’informations quotidiennes, dans l’incapacité de les digérer, pris de vitesse, nauséeux, bousculés, asphyxiés, moribonds, fous ou morts-vivants, nous sommes tous à la recherche d’oxygène, de maître nageurs, de curés, de psy, de chamans ou de barmans, à l’exception de rares êtres à la solide virilité.

Les créations artistiques sont pour nous des balises, des flotteurs, des planches à surfer, certes fragiles, mais efficaces.

L’artiste est un Homme et non un maître penseur.Il ne sait pas, lui il crée ! Il crée du superflu pour certains, de l’indispensable pour d’autres.
Bruno Leprat, avec ses « Bocaux », nous offre une halte salutaire, à nous pour qui le temps ne s’arrête jamais, à nous pour qui « le langage quotidien est un poème oublié… usé » M Heidegger.

Il piège le temps qui ainsi captif, transcende ses limites dans une impossible transition entre le passé et l’avenir, dans l’impossibilité de revenir sur ses pas et de projeter un futur.
Nous voilà à VIVRE LE PRESENT.

C’est la force première des objets crées par Bruno Leprat.

Comment trouver les mots ? Le langage ne peut traduire le vertige crée chez l’observateur par ces objets. Le bocal étanche ! Un monde est là, simple, évident, scandaleusement là, dans sa vérité désarmante.

Ces métaphores de vie ou de survie placées sur une étagère, à portée de main, nous pousseraient à effectuer un geste crucial, à la recherche du passage à gué : ouvrir ou briser le bocal. Délivrer le temps… Le perdre… Se perdre… S’y perdre.

L’œuvre artistique parle toujours de la mort, de la sensualité de la mort, de sexe, donc de la vie.
Le petit cochon collé au fond du bocal, enfermé dans ce monde clos, dont la queue échappée par miracle- castrée ?- se love autour de la fermeture métallique.

Le sifflet d’agent de police, d’arbitre ou de musicien, abandonné au fond du bocal scellé dont la ficelle restée libre s’échappe arrogante, faisant fi de toute contention. La ficelle-ruse de l’artiste.

La sensualité de la mort ! N’est ce pas la poésie ?

Cherchez dans la collection de Bruno le « Beau-calice » pour quelques célébrations, ou le « Beau-calvaire » pour quelques dévotions, vous les trouverez. A vous de jouer !

Bruno Leprat est un poète, les poètes sont là, dit-on pour réveiller les dieux endormis ;
c’est une poupée-enfant partie au ciel trop tôt assise au fond de son bocal plein d’humeur-formol.
C’est un ourson qui s’enfonce dans un chaos de mini galets.
Les dieux sont là quand il y a du désordre.

Les dieux meurent aussi. Je cherche quelque part dans cet amas de productions le « Bocal-vide » fermé à double tour. Il doit exister. Il existe.

A moi de trouver ce monde sans dieu…